2 janvier 2020 / Anne Estelle

Reste à charge zéro soins dentaires : ce que l’on ne vous dit pas

Reste à charge zéro peut mieux faire

En ce début d'année, la réforme 100% santé entre en vigueur. Elle vise à faciliter l'accès aux soins dentaires. Aubaine ou illusion ?

En 2020, la réforme 100% santé et son « reste à charge zéro » en soins dentaires arrivent ! Mais au delà des effets d’annonce, quelles sont les réelles implications de la réforme 100% santé sur le reste à charge des soins dentaires?

Reste à charge zéro soins dentaires

59% des français renoncent à des soins de santé en 2019. C’est principalement par manque d’argent (pour 29% des interrogés) que les patients doivent renoncer ou reporter leurs soins.

Si le panier de prise en charge totale de la réforme « 100% santé » vise à améliorer le remboursement de certaines prothèses dentaires, des difficultés vont subsister. Voire les inégalités se creuser. Car la réforme 100% santé ne signifie pas soins gratuits, loin de là.

Alors qu’est ce qui change réellement?

Des prothèses dentaires mieux remboursées

La grande nouveauté tient aux remboursement intégral de certaines prothèses dentaires. Elles ne l’étaient pas jusqu’ici, ce qui marque une réelle avancée.

En théorie, ce sont 46 % des actes prothétiques réalisés aujourd’hui qui vont faire l’objet d’un remboursement total. Cela concerne notamment les couronnes et bridges sur les dents dites visibles (canines et incisives).  Mais tout dépend de l’emplacement de la dent ou du matériau (céramique ou métallique).

Les dents moins visibles (molaires) ne bénéficient en effet d’un remboursement intégral que si elles sont recouvertes de couronnes métalliques. Si cette solution est assurément fonctionnelle, elle reste peu avenante en termes esthétiques.

D’autres prothèses entreront progressivement dans ce panier « reste à charge 0 » à partir de 2021. C’est le cas des prothèses amovibles en résine, autrement appelées « dentiers ».

Couronnes et bridges pris en charge

La prise en charge intégrale des prothèses dentaires signifie un remboursement total des prothèses suivantes  :

  • Couronnes ou bridges céramiques et céramo-métallique sur les incisives, canines et premières prémolaires.
  • Couronnes ou bridge en zircone sur les incisives, canines et secondes prémolaires.
  • Couronnes ou bridge en métal sur les autres dentaires.

Toutes les autres prothèses dentaires font soit partie du reste à charge modéré, soit du reste à charge libre.

La Confédération nationale des syndicats dentaires rappelle que le praticien conserve la liberté de décider les actes dentaires qu’il pratique. Comme le dentiste reste libre de proposer les prothèses qui lui semblent les plus adaptées pour son patient, on peut donc penser qu’il reportera ses propositions sur d’autres prothèses, de meilleure facture.

Reste à charge zéro et renoncement

Alors qu’en 2019 le reste à charge d’une couronne céramique tourne autour de 195€, peut-on réellement attendre une baisse globale du reste à charge? La réponse n’est pas évidente en raison d’un effet de déplacement.

Certains soins et équipements restent peu voire pas du tout pris en charge, c’est le cas par exemple des implants dentaires et des prothèses sur implants, tout comme les prothèses du panier de soins à honoraires libres (« reste à charge libre »).

Or, ce type de soins dentaires reste souvent incontournable pour des réhabilitations dentaires importantes. Dès lors, il devient difficile d’envisager des parcours de soins à coût 0 pour des solutions dentaires complètes fixes qui vont nécessiter le recours aux prothèses hors reste à charge 0.

Soins dentaires en berne?

La réforme du reste à charge zéro en soins dentaires, en plusieurs phases d’ici à 2021, améliorera l’accès à certains soins de facto, mais limitera l’accès à d’autres soins.

Le risque de renoncement ou de report de soins dentaires importants pour la santé risque donc de subsister. L’effort consenti par les dentistes pour proposer des tarifs plus abordables et plafonner certains actes prothétiques aura une incidence sur les autres soins. Car les actes à honoraires libres (implants et certaines prothèses dentaires) augmenteront probablement d’autant plus!

Les soins conservateurs (dont la prévention, le détartrage, le traitement de caries) augmentent de 20 à 144% selon l’Assurance maladie. Cela suffira t-il à absorber le « manque à gagner » régulièrement pointé du doigts par les dentistes eux-mêmes?

Par ailleurs, les complémentaires santé doivent absorber un surcoût estimé à 266 millions d’euros d’ici à 2023, ce qui fait craindre une hausse des cotisations! Ce qui réduira l’impact de la prise en charge et du financement des soins dentaires.

La réforme 100% santé marque la poursuite du désengagement de l’Etat au profit des mutuelles et laisse craindre une médecine à deux vitesses et le développement de la dentisterie low-cost en France. Contrairement à l’objectif affiché, les inégalités risquent donc de se creuser encore davantage. L’avenir nous dira si le reste à charge global réduit et si l’accès aux soins est réellement facilité!