10 mai 2019 / Eurodentaire

Reste à charge 0 : une solution pour faciliter l’accès aux soins ?

reste à charge 0 soins

Le reste à charge 0 est-il une solution pour faciliter l'accès aux soins ? Explication sur des mesures qui visent à faciliter l'accès aux soins.

C’était l’une des promesses d’Emmanuel Macron : ré-équilibrer les tarifs des soins et augmenter leur prise en charge. Il s’attaque aux soins de santé  auxquels renoncent les français via la réforme du reste à charge.

La réforme vise donc à étendre les remboursements et laisser un reste à charge 0 sur une plus grande partie des soins dentaires. Une bonne idée en trompe l’oeil?

Reste à charge et paniers de soins

C’est un élément clé de la réforme de l’assurance maladie : diminuer le reste à charge sur les soins objets d’un renoncement.  L’objectif est d’accéder plus facilement aux soins de santé auxquels les français renoncent le plus facilement, à savoir les soins dentaires, l’optique et les audio-prothèses.

3 paniers de soins entreront officiellement en vigueur en 2021. La réforme s’effectuera de façon progressive à partir du 1er avril 2019.

Les traitements seront répartis dans 3 paniers de soins avec un reste à charge variable :

  • Reste à charge 0
  • Reste à charge modéré
  • Reste à charge libre

Un seul panier de soin laissera donc un reste à charge 0. Les 2 autres paniers de soins, modérés ou libres, permettrons aux professionnels de santé de facturer davantage, voire de conserver des honoraires libres sur certaines prothèses dentaires.

Panier reste à charge 0

C’est le panier de soins qui fait le plus parler de lui. Le panier « reste à charge 0 » intègre des prothèses dentaires plafonnées et intégralement pris en charge d’ici quelques années.

Cela va permettre à une partie de la population d’accéder a certains soins, auxquels elle devait renoncer jusqu’ici par faute de moyens. Cependant, il est prévisible que le « manque à gagner » des dentistes sur le panier reste à charge 0 se reporte sur les autres paniers de soins. Le prix de certaines prothèses dentaires, dont le reste à charge est modéré ou libre, risque donc d’augmenter de façon excessive.

Rien ne dit que le reste à charge 0 sera réellement efficace, ni suffisamment étendu pour lutter contre le renoncement aux soins. De plus, la pression sur les prix des soins dentaires peut avoir un impact sur la qualité des soins ou faire augmenter les cotisations.

Voir notre article : Panier de soins dentaires : les dentistes retrouvent le sourire

Augmenter le remboursement, pas les cotisations

Les autorités demandent à chaque acteur de faire des efforts pour instaurer les paniers de soins et rendre le reste à charge 0 possible.

Les complémentaires santé sont à ce titre priées d’augmenter les remboursements sans toucher aux cotisations. Les organismes de complémentaire santé sont donc largement sollicités, car le surcoût global de la réforme sur le reste à charge est estimé à plus de 4 milliards d’euros (voir nos articles sur les dépassements d’honoraires).

Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que les tarifs des complémentaires santé n’augmentent pas. Les tarifs entrée de gamme des complémentaires santé pourraient bondir de 5 à 9% selon le cabinet Mercer.

« Si les adhérents devaient demain renoncer à des soins en raison de hausses de cotisations, nous aurions collectivement échoué » prévient quant à lui le président de la Mutualité, Thierry Beaudet.

Reste à charge 0 : une illusion?

Les frais de santé augmentent constamment chaque année (1 129,30 euros en moyenne par adulte en 2018, selon Verspieren).

« Avec le reste à charge zéro, on essaie de respecter des engagements de campagne, sans se donner les moyens de repenser le système » déclare Frédéric Bizard, économiste de la santé dans un article du Figaro.

Selon lui, l’augmentation des renoncements aux soins est d’abord la responsabilité des pouvoirs publics. Ces dirigeants n’ont pas voulu réformer le système. « Avec le reste à charge zéro, on se trompe d’objectif », ajoute t-il. L’avenir nous dira s’il avait raison.

 

Voir notre article : Reste à charge dentaire 0, un virage vers une dentisterie low-cost?