Prix des prothèses dentaires déconnectés de la réalité : quelles solutions?

Le prix des prothèses dentaires est déconnecté de la réalité. Pourquoi les prothèses dentaires sont elles hors de prix et quelles solutions pour y remédier?

« Les tarifs des prothèses dentaires sont en totale déconnexion de la base de remboursement de la Sécurité sociale » et des écarts « conséquents » existent dans les prix des prothèses dentaires.

Le dossier de 60 Millions de consommateurs paru en février 2018 sur les tarifs des couronnes et des inlay-cores dans quarante grandes villes de France ne pouvait être plus clair. Les prothèses dentaires sont hors de prix. Explications.

Analyse du prix des prothèses dentaires

L’analyse du magazine sur les tarifs des prothèses dentaires portent sur 5.000 dentistes dans 40 grandes villes françaises. Il en ressort de fortes disparités dans les prix pratiqués selon la région ou la ville, mais également au sein de cette même ville ou région.

A titre d’exemple relève le magazine, le tarif le plus fréquent à Nîmes pour cet acte est de 519 euros, alors qu’il atteint 704 euros à Paris. Cela signifie en moyenne un écart de plus de 30% entre les deux villes.

 

Classement des villes du prix le plus élevé au plus bas

prix prothèses dentaires

 

« Paris, Aix-en-Provence et Boulogne-Billancourt sont les trois villes les plus chères de France pour les soins prothétiques… » mais Lyon, Strasbourg et Nice sont aussi des villes où se faire soigner ses dents coute cher.

A l’inverse, « Rennes, Nantes et Brest comptent parmi des villes où les tarifs sont moins élevés », tout comme Nîmes, Toulouse ou encore Amiens. De là à aller faire du tourisme dentaire dans ces régions, il n’y a qu’un pas.

 

Cout des prothèses dentaires

C’est une spécificité française : les tarifs pratiqués sur les soins prothétiques (prothèse dentaire amovible, couronnes et bridges) sont totalement libres, ce qui n’est pas le cas sur les soins conservateurs comme le détartrage ou les caries. Les dentistes rattrapent donc le « manque à gagner » des soins conservateurs sur le prix des prothèses dentaires!

«  Les dentistes se plaignent souvent d’avoir des tarifs trop faibles » Benjamin Douriez, Rédacteur en chef adjoint de 60 millions de consommateurs.

Seul problème (et de taille), le prix des prothèses dentaires est deconnecté de la base du remboursement de la Sécurité sociale.

Les prothèses dentaires sont mal remboursées et laisse un reste à charge très élevé pour le patient. Dès lors, la prothèse dentaire est l’objet principal du renoncement aux soins dentaires, car c’est le patient qui en supporte la charge financière.

 

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Remboursement des prothèses dentaires

Le problème lorsque l’on parle de prothèse dentaire fixe (couronne ou bridge dentaire), c’est que la prise en charge par l’assurance-maladie est minimale. Pour la pose d’une couronne céramo-métallique, c’est 75,25 euros auxquels s’ajoute la prise en charge éventuelle de la mutuelle ou assurances santé complémentaire.

Cela laisse donc un reste à charge pouvant atteindre « plusieurs centaines d’euros », selon le magazine. Cela fait de la prothèse dentaire un objet du renoncement aux soins, qui touche notamment les plus démunis, mais pas uniquement : le taux de renoncement aux soins dentaires en France oscille en effet selon les étude entre 15 et 35% et touche tout le monde.

En 2016, les Français ont dépensé 11,1 milliards d’euros pour leurs soins dentaires, rappelle le magazine. Après le remboursement par la Sécurité sociale (3,7 milliards d’euros) et les mutuelles (4,5 milliards d’euros), les Français ont déboursé près de 3 milliards d’euros. Les plus modestes, eux, ont fait l’impasse.

Pour remédier à cela et à des tarifs parfois abusifs, le projet d’indiquer le prix d’achat de la prothèse dentaire sur le devis fait son retour. Rappelons que cette mesure a été retoqué il y a quelques années et remplacé par le lieu de fabrication de la prothèse dentaire. Au grand dam des dentistes, il se peut que cette information soit bientôt rendue obligatoire sur les devis. Un moyen de conférer plus de transparence à la provenance et au prix d’achat des prothèses dentaires.

 

Comment baisser le coût des soins dentaires ?

Le magazine conseille de faire jouer la concurrence et demander plusieurs devis fin de les comparer entre eux. Aussi, passer par les facultés dentaires ou des réseaux de soins peut permettre de baisser la facture de soins. Enfin, se soigner à l’étranger dans des pays comme l’Espagne ou la Hongrie permet de réaliser des économes substantielles.

La Hongrie notamment dispose du rapport qualité prix le plus élevé en Europe : les prix des prothèses dentaires sont jusqu’à 60% moins élevés en Hongrie qu’en France. La Hongrie est en effet la première destination des français pour leurs soins dentaires.

 

Prothèse dentaire Hongrie

La Hongrie est un pays producteur de prothèses. L’import n’existe pas et les laboratoires locaux fabriquent des prothèses de qualité à prix très attractif. Le prix moyen d’une couronne dentaire en Hongrie se situe entre 200 et 220 euros, soit 60% inférieur au prix d’une prothèse dentaire en France à qualité équivalente.

« Le « tourisme dentaire » a de beaux jours devant lui »

« En 2016, près de 100.000 Français ont choisi de s’exiler à l’étranger », comme en Espagne ou en Hongrie, où les coûts sont « jusqu’à trois fois inférieurs » à ceux des praticiens de l’Hexagone, note le magazine.

 

Plafonnement prix prothèse dentaire et RAC 0

Les prothèses dentaires font partie des soins pour lesquels Emmanuel Macron avait promis un « reste à charge zéro » durant la campagne présidentielle. Une négociation entre l’Etat et les dentistes visant à diminuer le prix maximal des prothèses dentaires en échange d’une revalorisation du prix des soins de base a déjà échoué, et laisse à penser que la situation est bloquée.

reste à charge 0 soins dentaires 2022

Dans un contexte où la ministre de la Santé rappelle un « reste à charge zéro » d’ici à 2022, les négociations avec les professionnels de santé reprennent sur fonds de grève et de mécontentement, les réactions du syndicat dentaire sont très vives à la parution du dossier.

« De qui se moque t-on ? » peut-on lire sur le site de la Confédération nationale des syndicats dentistes (CNSD), qui critique l’enquête de 60 millions de consommateurs.

Le syndicat de dentistes accusent la magazine d’enquête « partielle et orientée » qui pousserait des milliers de patients vers des soins dentaires « low-cost » et ouvre la voie aux pratiques déviantes en France. Avec l’exemple des centres dentaires low-cost Dentexia en guise d’illustration.

 

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Ces accusations sont rejetées par le magazine qui déplore « une accusation aussi grave qu’infondée ». Et le magazine d’ajouter : « cette réaction revient à refuser que l’on s’interroge sur le niveau élevé des tarifs des prothèses dentaires, qui conduit de nombreux patients à renoncer aux soins ».

Le débat est donc loin d’être clos. En attendant de trouver des solutions viables, ce sont malheureusement les patients qui paient l’addition.