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Le scandale des centres dentaires low-cost en France, ou l’histoire d’une irresponsabilité collective.

Une récente étude montre que 75% des français considèrent prioritaire le coût des soins dentaires et le remboursement des soins par la sécurité sociale.  La récente réforme 100% santé sur le reste à charge vise à apporter des solutions, mais déjà des milliers de patients se sont laissés séduire par des centres dentaires low cost. Ils sont aujourd’hui dans la tourmente.

Ces centres dentaires low-cost proposent des prix défiant toute concurrence, près de chez eux et avec la bénédiction des autorités sanitaires. Avec un étonnant statut d’association à but non lucratif de loi 1901.

Pascal Steichen, créateur des centres de soins dentaires low cost Dentexia, en a fait les frais. Sa responsabilité ne fait aucun doute dans la faillite du système low-cost appliqué à la médecine dentaire. Mais l’acharnement dont il est la cible montre qu’il occupe le rôle idéal de fusible d’un système en dysfonctionnement. Retour sur le scandale de l’arbre qui cache la forêt.

Le drame Dentexia

Tous les centres dentaires Dentexia ont été mis en liquidation judiciaire. Problème d’hygiène, malfaçon, sur-facturation… les griefs sont nombreux. Les plaintes des patients laissés sur le carreau se sont accumulées et l’enquête de l’IGAS (Inspection générale des affaires sanitaires) se poursuit.

Selon l’ARS de nombreux manquements ont été constatés et notamment les règles fondamentales d’hygiène ne sont pas respectées dans le centre dentaire à bas prix. L’ARS a pris la décision de suspendre l’activité du centre de Dentexia à Lyon, car les patients du centre « s’exposaient à des dangers graves et immédiats de contamination bactérienne. ». Les fermetures des autres centres ont suivi.

Les médias se sont emparés de l’affaire et mis en lumière les graves dysfonctionnements qui ont mené Dentexia à sa liquidation.

L’apparition des centres dentaires low-cost

Le centre de soin dentaire low cost apparait dans les années 2010. Il répond à un besoin dentaire non-satisfait, car le renoncement aux soins dentaires touche près du tiers de la population française. Ces cabinets à prix discount représentent une alternative aux soins dentaires à l’étranger, régulièrement décriés par les syndicats de dentistes.

Les cliniques dentaires domiciliées en Hongrie sont jusqu’ici la seule solution pour accéder à des soins à prix abordables. Mais les syndicats dentaire et le Conseil de l’Ordre martèlent que des complications sont à prévoir lors de tels déplacements et qu’il faut absolument éviter le tourisme dentaire. En sous-entendant qu’il convient de privilégier des structures de proximité pour éviter tout désagrément, ils ont laissé entrer le loup dans la bergerie. La réglementation favorable aux centres dentaires discount finira le travail !

La nature a horreur du vide, disait Aristote. Face à une situation de renoncement aux soins dentaires en raison de leur coût, il est logique que des initiatives aient vu le jour. Elles ont pour objectif de répondre aux besoins dentaires de la population. Que ce soit les soins couteux et mal remboursés, prothèses dentaires et implants en tête. C’est donc presque naturellement qu’est arrivée l’idée d’utiliser certaines méthodes éprouvées dans l’industrie ou la grande distribution et de les appliquer à la médecine dentaire : le modèle dentaire low-cost était né.

dentaire low cost

La réponse à un besoin dentaire non satisfait

Le dentaire est le parent pauvre du système de soins français. Mis en place en 1945, il n’est plus en phase avec la situation actuelle et arrive à bout de souffle.

Ce sont les soins dentaires qui pâtissent en premier lieu d’une impossible équation : d’une part les coûts sont élevés et d’autre part les remboursements sont très bas. En parallèle, le désengagement de l’assurance maladie au profit des complémentaires santé accompagne un mouvement de fond que certains n’hésitent pas à caractériser d’ubérisation de la santé.

Une chose est sûre, de profonds changements sont à l’œuvre et l’immobilisme reste de mise. Un immobilisme qui fait grincer des dents face aux nouveaux challenges à relever (revalorisation des actes, accès aux soins, vieillissement de la population, déserts médicaux…).

Soins dentaires low cost : à qui la faute?

Face d’un côté à l’immobilisme des autorités et au conservatisme à tous crins de représentants de la profession dentaire, ce qui devait arriver arriva. Et on assiste aujourd’hui, impuissants, au retour du baton. Comme toujours, ce sont les patients qui trinquent !

« Plutôt que de renoncer aux soins, ou partir nous faire soigner à l’étranger, nous avons été séduits par les prix compétitifs et la proximité de ces centres dentaires d’un genre nouveau, à qui nous avons confié notre santé ainsi que toute notre confiance » déclare le collectif de patients contre Dentexia (qui regroupe plus de 2000 victimes), dans une lettre au Ministre de la santé.

Le discours rétrograde et partisan qui entoure les soins dentaires en France continue de faire des ravages. Chacun prêche pour sa chapelle et maintient une posture idéologique. Le premier syndicat de dentistes CNSD déclare par exemple face aux abus sur les dépassements d’honoraires que « certains dentistes sont obligés d’enfreindre les règles tarifaires parce que sinon, ils ne s’en sortent plus financièrement ». On verserait presque une larme si on oubliait que le salaire moyen de la profession avoisinait les 8000 euros mensuels !

Les prix ne reflètent pas la réalité, et les actes n’ont pas eu de revalorisation depuis 30 ans. Cependant, n’échangeons pas les rôles, il n’y a qu’une seule victime de ce système : le patient.

« A qui la faute ? Aux besoins dentaires non satisfaits et à des intérêts partisans divergents! »

Un scandale aux multiples responsabilités

Derrière cette histoire tragique (les centres low-cost Dentexia sont en liquidation judiciaire et des centaines de patients dans la détresse se retrouvent encore plus fragilisés qu’avant), c’est une irresponsabilité collective qui se dessine :

  • irresponsabilité collective de coûts trop élevés et de remboursements trop faibles,
  • également, irresponsabilité face au transfert de compétences à des organismes complémentaires qui se substituent aujourd’hui à l’Etat et lentement aux professionnels de santé,
  • de plus, irresponsabilité face au manque de transparence et aux dérives d’une profession qui refuse de se remettre en cause,
  • enfin, irresponsabilité des représentants de la profession dentaire qui caricaturent et véhiculent dans leur intérêt des images tronquées ou caricaturales. Ils ont poussé (bien malgré eux) les candidats aux soins à bas prix vers ces centres low-cost en France. Cela en pensant défendre leur profession.

La volonté de démocratiser les soins dentaires est une excellente idée dans son principe. Mais, en pratique, cette idée doit déboucher sur un système de prix transparents et accessibles à tous sans compromis sur la sécurité ou l’éthique. A quand une réaction des pouvoirs publics, une table ronde ou un comité d’experts qui étudie sérieusement le problème ?

Rétablir l’accès aux soins dentaires

C’est un contexte de changements rapides de paradigme et de scandale que nous décrivons. Eurodentaire ré-affirme ses principes fondateurs. Nous intégrons la sécurité, la qualité dans l’accès aux soins en Europe, ainsi que le respect des droits des patients.

Eurodentaire appelle à la responsabilisation des propos tenus par les instances représentatives et la mise en place d’une démarche de certification des opérateurs non-libéraux en France ou en Europe par des instances dédiées, comme y invite la Directive sur les soins transfrontaliers.

L’état doit trancher sur la question de l’accès aux soins dentaires pour tous. Pour ce faire, les citoyens interpelleront les politiques à l’occasion des prochaines élections. Le but est d’en faire un véritable thème de campagne et mettre les décideurs face à leurs responsabilités.

Les suites de l’affaire Dentexia

A l’automne 2018, la justice rend sa décision et inflige une sanction aux chirurgiens dentistes du Cabinet Dentexia de Chalon. Un précédent dans l’histoire qui rappelle que les soins dentaires connaissent des dérives régulières en France ! Une enquête avait eu lieu en 2016 contre les centres dentaires low cost. Elle avait abouti à mettre en examen le fondateur de ces cabinets en septembre 2018 pour « Escroquerie en bande organisée ». D’autres infractions telles que « excès de soins » – voire des « mutilations » – sont également avancés, en plus de « tromperie aggravée »,  « blanchiment en bande organisée »,  « banqueroute »,  « abus de confiance »,  « abus de biens sociaux »,  « fraude fiscale »… selon le quotidien Le Figaro. Les quatre chirurgiens-dentistes ont reçu une amende assortie d’une interdiction temporaire d’exercer.

Centre dentaire low cost : d’autres scandales à venir?

L’affaire Dentexia continuera longtemps à faire parler d’elle. Elle constitue un scandale sanitaire sans précédent encore non résolu en France.

Depuis, d’autres centres similaires ont fait l’objet de fermetures. L’Agence régionale de santé (ARS) a enquêté notamment sur les centres Proxidentaire. Elle relève de nombreux manquements (sur la qualification du personnel, sur les règles d’hygiène…), des pratiques illicites et actes de mutilation sur des dents saines. Le centre incriminé à ouvert en 2020 et a été fermé par les autorités un an plus tard. « C’est de l’acharnement » se défend le directeur du Centre Proxidentaire accusé de mutilations sur ses patients. Selon lui, les centres dérangent dans la profession. En parallèle, un collectif de d’usagers Proxidentaire en colère s’est constitué.

En 2022 toujours, 3 dentistes du centre Dentexelans ont été mis en examen et accusés d’exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste et escroquerie. Après un mois de fermeture, l’établissement vient de rouvrir ses portes, mais reste dans le viseur des autorités.

Selon un article de mai 2022 dans le Parisien intitulé scandales sanitaires : les centres dentaires sous surveillance, plus de 80 établissements sont actuellement sous contrôle de l’Assurance maladie. Censés améliorer l’accès aux soins, certains sont au cœur de scandales sanitaires qui ont mis en lumière les dérives du secteur.

3 Commentaires

  • Bjr j ai moi même payer 13000e à dentexia.
    J ai eu de la chance dans mon malheur j ai eu les implants dont 1 est tomber.
    Mais ensuite j ai du repayer 8000e dans un autres centre dentaire car la société entre temps avait été liquidé !!
    Résultat en tout plus de 22000e!!
    Vive la justice française sa me fait gerber.

  • J’ai eu le droit à une radio panoramique de « bienvenue » car je n’avais pas encore expliqué pouquoi j’étais là.
    Puis après une consultation éclair de 3 min, ils ont voulu me dévitaliser une dent avec couronne dans 6 mois, alors j’ai eu la confirmation de mon dentiste que je n’ai même pas de carie !!!

    • Cela s’apparente à un sur-traitement : il découle le plus souvent d’une recherche de rentabilité et invite à la plus grande prudence. Dans le doute, demander un second avis avant d’engager une démarche de soin.

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