Soins dentaires low cost en France : histoire du scandale

soins low cost

Le scandale des centres dentaires low-cost en France, ou l'histoire d'une irresponsabilité collective

Article publié en mars 2016 et actualisé en octobre 2017

Pascal Steichen est le parfait bouc-émissaire. Si la responsabilité du créateur des centres de soins dentaires low cost ne fait aucun doute dans la faillite du système low-cost appliqué à la médecine dentaire, l’acharnement dont il est la cible montre qu’il occupe le rôle idéal de fusible d’un système en dysfonctionnement. Retour sur le scandale de l’arbre qui cache la forêt.

L’apparition des centres dentaires low-cost

Les premiers centres qui proposent des soins dentaires low cost apparaissent aux alentours de 2010, en réponse d’une part à un besoin dentaire non-satisfait (le renoncement aux soins dentaires touche près du tiers de la population française), et d’autre part comme alternative aux soins dentaires à l’étranger (le soi-disant « tourisme dentaire« ).

Si les cliniques dentaires domiciliées en Hongrie sont jusqu’ici la seule solution pour accéder à des soins à prix abordables, elles sont décriées par Syndicat et Conseil de l’ordre qui martèle que des complications sont à prévoir lors de tels déplacements. En sous-entendant qu’il convient de privilégier des structures de proximité pour éviter les désagréments, ils laissaient sans le savoir entrer le loup dans la bergerie. Une réglementation favorable finira le travail.

La nature à horreur du vide disait Aristote : face à une situation de renoncement aux soins dentaires en raison de leur coût, il est logique que des initiatives aient vu le jour en vue de répondre aux besoins dentaires de la population, notamment pour les soins couteux et mal remboursés, prothèses dentaires et implants en tête. C’est donc presque naturellement qu’est arrivée l’idée d’utiliser certaines méthodes éprouvées dans l’industrie ou la grande distribution et de les appliquer à la médecine dentaire : le modèle des centres dentaires low-cost était né.

dentaire low cost

La réponse à un besoin non satisfait

Le dentaire est le parent pauvre du système de soins français : mis en place en 1945, il n’est plus en phase avec la situation actuelle et arrive à bout de souffle.

Ce sont les soins dentaires qui pâtissent en premier lieu d’une impossible équation : d’une part les coûts sont élevés et d’autre part les remboursements sont très bas. En parallèle, le désengagement de l’assurance maladie au profit des complémentaires santé accompagne un mouvement de fonds que certains n’hésitent pas à caractériser d’ubérisation de la santé.

Une chose est sûre, de profonds changements sont à l’oeuvre et l’immobilisme reste de mise face aux nouveaux challenges à relever (revalorisation des actes, accès aux soins, vieillissement de la population, déserts médicaux…).

Une récente étude montre que 75% des français considèrent comme prioritaire le remboursement des soins par la sécurité sociale et 70% la question du coût de certains soins dentaires. 2 questions absentes du débat public pour des raisons évidentes d’impuissance quant aux réponses à y apporter.

Pas étonnant dans un tel contexte que des milliers de patients se soient laissés séduire par des centres low cost aux prix défiant toute concurrence installées près de chez eux et autorisés par les autorités sanitaires, malgré leur statut étonnant d’association à but non lucratif de loi 1901.

Soins dentaires low cost : à qui la faute?

Face d’un côté à l’immobilisme des autorités et au conservatisme à tout crins de représentants de la profession dentaire, ce qui devait arriver arriva. Et on assiste aujourd’hui, impuissants, au retour du baton. Comme toujours, ce sont les patients qui trinquent!

« Plutôt que de renoncer aux soins, ou partir nous faire soigner à l’étranger, nous avons été séduits par les prix compétitifs et la proximité de ces centres dentaires d’un genre nouveau, à qui nous avons confié notre santé ainsi que toute notre confiance » déclare le collectif de patients contre Dentexia (qui regroupe plus de 2000 victimes), dans une lettre au Ministre de la santé.

Le discours rétrograde et partisan qui entoure les soins dentaires en France continue de faire des ravages. Chacun prêche pour sa chapelle et se maintient dans sa posture idéologique : le premier syndicat de dentistes CNSD déclare par exemple face aux abus sur les dépassements d’honoraires : «Certains dentistes sont obligés d’enfreindre les règles tarifaires parce que sinon, ils ne s’en sortent plus financièrement.». On verserait presque une larme si on oubliait que le salaire moyen de la profession avoisinait les 8000 euros mensuels.

Certes, les prix totalement sont déconnectés de la réalité, et les remboursements insuffisants, les actes non revalorisés depuis 30 ans… Mais n’échangeons pas les rôles, il n’y a qu’une seule victime de ce système : le patient.

« A qui la faute ? Aux besoins dentaires non satisfaits et à des intérêts partisans divergents! »

Derrière cette histoire tragique (les centres low-cost Dentexia sont en liquidation judiciaire et des centaines de patients dans la détresse se retrouvent encore plus fragilisés qu’avant), c’est une irresponsabilité collective qui se dessine : irresponsabilité collective de coûts trop élevés et de remboursements trop faibles, irresponsabilité face au transfert de compétences à des organismes complémentaires qui se substituent aujourd’hui à l’Etat et lentement aux professionnels de santé, irresponsabilité face au manque de transparence et aux dérives d’une profession qui refuse de se remettre en cause, irresponsabilité de ses représentants qui caricaturent et véhiculent dans leur intérêt des images souvent tronquées ou caricaturales, et ont poussé (bien malgré eux) les candidats aux soins à bas prix vers les centres dentaires low-cost en France, en étant incapables de leur offrir d’alternative et se posant en unique solution au mépris de l’incapacité des français à accéder aux soins proposés!

La volonté de démocratiser les soins dentaires est une excellente idée dans son principe. Mais, en pratique, cette idée doit se traduire par un système de prix transparents et accessibles à tous sans compromis sur la sécurité ou l’éthique : à quand une réaction des pouvoirs publics, une table ronde ou un comité d’experts qui se penche sérieusement sur le problème ?

Rétablir l’accès aux soins dentaires

Face à des changements rapides de paradigme dans le domaine de la santé, Eurodentaire ré-affirme ses principes fondateurs de sécurité et de qualité dans l’accès aux soins en Europe, ainsi que du respect des droits des patients.

Eurodentaire appelle à la responsabilisation des propos tenus par les instances représentatives et la mise en place d’une démarche de certification des opérateurs non-libéraux en France ou en Europe par des instances dédiées, comme y invite la Directive sur les soins transfrontaliers.

L’état doit se prononcer sur la question de l’accès aux soins dentaires pour tous. Pour ce faire, les citoyens interpelleront les politiques à l’occasion des prochaines élections pour en faire un thème de campagne à part entière et mettre les décideurs face à leurs responsabilités.

Nicolas Pineau, fondateur Eurodentaire.